Omniprésentes dans les sports
américains, les statistiques se sont imposées, depuis quelques années,
comme un outil d’analyse clé du football. Parfois dans l’excès, en
tirant des conclusions hâtives de chiffres porteurs de multiples
interprétations. Une statistique n’est pas suffisante pour expliquer un
match de football. Elle n’est pas une vérité. Elle peut en revanche
apporter un éclairage utile, à condition d’être bien utilisée.
Cette étude comparative des cinq grands
championnats européens (France, Angleterre, Italie, Espagne, Allemagne) a
été réalisée via les statistiques du très complet Whoscored.com.
Les chiffres recensés l’ont été le vendredi 9 novembre, avant les
matchs du week-end. Il ne s’agit pas ici de dresser des conclusions
définitives. D’autant que le flou entoure la méthode de comptage du
site, notamment sur certaines données, comme les « ballons longs » ou
les « tacles ».
En prenant toutes les précautions
intellectuelles nécessaires, certaines données issues de cette approche
quantitative méritent d’être soulignés. Elles peuvent constituer le
point de départ d’une approche cette fois qualitative, plus poussée. La
base, en somme, d’interrogations et de questionnements sur le football
européen.
Moyennes de buts par match, dont sur coups de pied arrêtés
![]() |
| A gauche, la moyenne de buts sur coups de pied arrêtés par match. A droite, la moyenne globale de buts marqués par match. |
Contrairement au cliché populaire, la France
n’est pas décrochée par rapport aux quatre autres grands championnats
européens en terme de moyenne de buts. Elle est même à égalité avec l’Italie (2,60 buts par match), un championnat certes considéré comme déclinant. C’est en Bundesliga (2,87 buts/match) qu’il y a le plus de buts. Viennent ensuite la Liga espagnole (2,85 buts/match), qui devance la Premier League (2,84 buts/match) d’une courte tête.
Plusieurs explications possible à l’hégémonie des trois derniers cités :
- Ils comportent un grand nombre d’équipes, même moyennement classées, résolument tournées vers l’offensive
- Beaucoup des meilleurs attaquants du monde y évoluent
- Les organisations défensives y sont moins strictes et rigoureuses
- Beaucoup des meilleurs attaquants du monde y évoluent
- Les organisations défensives y sont moins strictes et rigoureuses
En revanche, la moyenne de buts sur
coups de pied arrêtés est pratiquement la même dans les cinq grands
championnats européens. Une sorte de constante dans le football moderne,
en somme, située entre 0,60 but/match (Serie A) et 0,69 but/match (Bundesliga).
Moyennes de tirs et de tirs cadrés par équipe et par match
| A droite, la moyenne de tirs cadrés par match. A gauche, la moyenne de tirs par match. |
Si la Bundesliga est le
championnat dans lequel le plus de buts sont marqués, il n’est que
quatrième en terme de tirs par équipe (12,2 tirs/match). Championnat
(auto ?)proclamé comme le plus spectaculaire, la Premier League
est première dans ce domaine, avec 14,2 tirs par équipe et par match.
Mais les Allemands se montrent bien plus précis (4,70 tirs cadrés/match
contre 4,51 tirs cadrés/match), ce qui peut expliquer le différentiel de
buts marqués.
L’Espagne, réputée pour
la finesse technique de ses joueurs offensifs, s’en tire le mieux en
terme de tirs cadrés (4,74 tirs cadrés par match). L’Italie est dans la moyenne dans les deux domaines.
Les détracteurs de la Ligue 1
trouveront ici du grain à moudre : le championnat français est
largement en queue de peloton, avec seulement 11,1 tirs/match de
moyenne, et 4,22 tirs cadrés/match. Frilosité offensive, organisations
défensives solides et pressing généralisé peuvent être certaines des
explications.
Moyennes de centres et de dribbles par match

La frilosité offensive de la Ligue 1,
constatée dans la moyenne de tirs par match, se confirme ici avec le
plus faible nombre de dribbles réussis (5,55 dribbles/match) des cinq
grands championnats européens. Face à des défenses généralement denses
et peu permissives, les techniciens de l’hexagone peinent à faire la
différence individuellement. Il est vrai que la L1 souffre de la
comparaison en terme de niveau technique avec les championnats italien
et espagnol, notamment, sans compter les grosses écuries anglaises et
allemandes.
Si le niveau assez faible de l’Espagne (6,43 dribbles/match), juste devant l’Angleterre (6,32 dribbles/match) peut surprendre, une explication semble assez évidente. Dans la grande majorité des équipes de Liga,
les joueurs offensifs mettent leur technique au service du collectif.
C’est ici l’état d’esprit, plus altruiste, qui paraît justifier ces
chiffres.
C’est la Bundesliga qui
s’en sort le mieux dans ce secteur, assez largement (12,6
dribbles/match). Les joueurs offensifs, notamment sur les ailes, y sont
percutants. Ils profitent aussi de la faiblesse individuelle et du
manque de vivacité de certains défenseurs.
Peu de différences notables, en revanche, au niveau des centres. On pouvait s’attendre à un nombre inférieur en Italie, où les systèmes tactiques sont généralement très axiaux. Il n’en est rien. Il n’y a guère d’écart entre les cinq grands championnats européens (de 20,1/match en Bundesliga à 22,6/match en Premier League). Il semble toutefois intéressant de noter la première place de l’Angleterre, l’un des derniers championnats où subsistent, en masse, des ailiers au sens traditionnel du terme.
Moyennes de passes réussies, nombre de passes longues et courtes

Peu de différences notables entre les
cinq grands championnats européens en terme de pourcentage moyen de
passes réussies. Comme prévu, c’est l’Espagne qui s’en sort le mieux (81,2 % de passes réussies), mais sans véritablement sortir du lot. La Ligue 1 tire plutôt bien son épingle du jeu dans ce domaine (79,6 %), devançant d’un point et demi la Serie A (77,7 %) et la Bundesliga (77,9 %).
Le degré de prise de risque peut
expliquer ce mauvais classement côté allemand. Pour le reste, les
différences d’approches, plus ou moins offensives, ne semblent pas avoir
d’impact sur la précision du jeu de passes dans son ensemble.
Cette statistique gagnerait à être
complétée par une répartition géographique des passes, ainsi que par une
division entre passes vers l’avant et passes latérales et en retrait.
Cela permettrait de discerner passes entre défenseurs dans leur camp et
passes dans le camp adverse, ainsi que passes sans risque et passes
déstabilisantes.

Phénomène intéressant, la large
différence entre passes courtes et longues se retrouve dans les cinq
grands championnats européens. Tous sont pratiquement au même niveau. On
trouve certes un peu plus de passes longues en Bundesliga (68,5/match en moyenne).
Une statistique, toutefois, va clairement à l’encontre des idées reçues : la Premier League
est le premier championnat en terme de passes courtes jouées
(383,5/match). Un élément qui confirme la disparition progressive du
« jeu à l’anglaise », même s’il reste pratiqué par certaines équipes (Stoke notamment), et la « continentalisation » du jeu outre-Manche.
En ce sens, l’apport des techniciens
étrangers, depuis plusieurs années, a été primordial, tout comme
l’arrivée en masse de joueurs latins, autrefois peu enclins à signer en Premier League. Ils
ont apporté un surplus technique au championnat anglais. Le signe d’une
certaine homogénéisation et d’une généralisation de l’approche globale
du jeu en Europe.
Moyennes de tacles et de fautes

Si les longs ballons à l’anglaise sont
moins répandus, une autre idée reçue sur le football britannique veut
que les arbitres laissent beaucoup jouer. Les statistiques semblent le
confirmer : la Premier League est le championnat où le nombre de fautes sifflées est le plus faible (11,6/match).
Dans un championnat également réputé
pour son engagement physique (24,5 tacles/match, record des cinq grands
championnats), les arbitres de Bundesliga sont bien moins permissifs. C’est en Allemagne que le plus de fautes sont sifflées à chaque journée (16,3/match).
C’est en Ligue 1 qu’il y
a le moins de tacles (18,9), peut-être le signe de défenses mieux en
place, moins mises en difficulté et donc moins contraintes à en
réaliser. Quant au nombre de fautes sifflées, notre championnat se situe
dans la moyenne.
Conclusions
On ne peut, en se limitant à de telles
statistiques, dresser précisément et pertinemment les différences entre
les cinq grands championnats. De nombreux facteurs (rythme, intensité,
qualité…) échappent au prisme d’une approche quantitative.
Il faut prendre ces chiffres non pas
comme des facteurs absolus de vérité, mais comme des indicateurs, des
révélateurs. Ils remettent en cause des idées reçues et permettent
d’ouvrir des questionnements. Ils dessinent aussi des tendances, à
confirmer par l’observation qualitative :
- La Ligue 1 est le championnat où les attaquants brillent le moins : le moins de buts marqués, le moins de tirs et de dribbles par match.
- La Bundesliga est le championnat le plus offensif : le plus de buts marqués, le plus de dribbles par match.
- Le jeu de la Premier League s’est continentalisé, mais l’approche arbitrale du combat physique reste plus permissive qu’ailleurs.
- La Liga ne sort du lot dans aucun domaine. Certainement en cause, le fossé entre les gros (Barça, Real Madrid, Atlético Madrid…) et le reste du championnat.
- La Serie A s’en sort relativement bien dans les critères techniques (dribbles, passes réussies, tirs…) mais est, avec la Ligue 1, le championnat où l’on marque le moins. Signe de la persistance d’une certaine culture défensive ?
- La Bundesliga est le championnat le plus offensif : le plus de buts marqués, le plus de dribbles par match.
- Le jeu de la Premier League s’est continentalisé, mais l’approche arbitrale du combat physique reste plus permissive qu’ailleurs.
- La Liga ne sort du lot dans aucun domaine. Certainement en cause, le fossé entre les gros (Barça, Real Madrid, Atlético Madrid…) et le reste du championnat.
- La Serie A s’en sort relativement bien dans les critères techniques (dribbles, passes réussies, tirs…) mais est, avec la Ligue 1, le championnat où l’on marque le moins. Signe de la persistance d’une certaine culture défensive ?

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